Nuit de la Philo 2026
ANARCHISMES – Nouvelles réflexions sur les formes de pouvoir
Anarchismes
Amis, il fait bon sous les chênes
Loin des stéréotypes qui assimilent l‘anarchisme au désordre, à la violence ou le considère comme une simple posture contestataire, cette exposition – organisée dans le cadre de la douzième édition de la Nuit de la Philo à l’Institut français de Tokyo – conçoit les philosophies et pratiques artistiques libertaires sous l’angle d‘une critique radicale des structures de pouvoir — État, capitalisme, colonialisme, patriarcat. A travers l’art, elle interroge les formes d‘organisation sociale antiautoritaires fondées sur l’autonomie et l‘entraide.
En outre, elle rejette les stratégies de détournement visant un appauvrissement doctrinal de l‘anarchisme, ainsi que les formes dévoyées d’activisme qui le dépouillent de sa dimension socialiste antiétatique.
Elle envisage l‘art contemporain comme un agent de libération, d’auto-organisation et d‘expérimentation politique. Refusant d’être réduite à un militantisme culturel ou à une esthétique de la contestation, elle insiste sur le caractère empirique de l‘anarchisme, qui naît des expériences concrètes de domination, du travail et des luttes collectives.
Les forces vives de l‘anarchisme proviennent de causes militantes inductives, issues de confrontations directes avec les pouvoirs institutionnels.
De la praxis anarchiste émerge une pensée politique singulière qui produit, en dernière instance, une doctrine paradoxale : l‘anarchisme, doctrine du refus des doctrines. C’est qu‘au fondement de l’anarchisme réside la recherche de l’équilibre entre liberté et égalité. Ainsi, la liberté ne peut exister sans les conditions matérielles de l’égalité, laquelle ne peut se réaliser que dans les formes sociales qui préservent l‘autonomie individuelle et collective.
À travers des pratiques artistiques contemporaines, cette exposition explore la manière dont ces réflexions se traduisent aujourd‘hui dans le champ esthétique. Les artistes interrogent ici les relations du pouvoir à la propriété, les ruptures métaboliques, les formes invisibles de coercition, les mémoires prolétaires ou les possibilités d’organisation collective non hiérarchique.
Dans cette perspective, l‘art n’est pas conçu comme le commentaire symbolique du monde social. Tributaire de la lutte des classes, il génère au contraire un espace d‘expérimentation où peuvent se déployer des pratiques de résistance et de partage.
L‘exposition invite à penser une esthétique de l’anarchisme au Japon, en élaborant des formes sensibles de critiques économico-sociales et d‘imagination politique, irréductibles à l’essence révolutionnaire de l‘anarchisme.
Tout en s‘opposant aux logiques de prédation, d’accumulation et de valorisation capitalistes et fascisantes, cette exposition confronte les marges aux centres, se jette dans l‘arène et prétend, sans le moindre cynisme, récupérer la plus-value extorquée aux prolétaires, militants anarchistes et travailleurs de l’art.
« Scélérats que nous sommes ! Nous réclamons le pain pour tous, la science pour tous, le travail pour tous ; pour tous aussi l‘indépendance et la justice ! » Et l’art !
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Avec : Rio Kawaguchi, Marina Lisa Komiya, Constant Chaos Project, Ryosuke Tanaka Nagamine+ARCHIVE, Allie Tsubota, superString
Commissariat : Alexandre Taalba, Yumiko Fujimoto
Organisée par : Institut français de Tokyo
En collaboration avec : Gewalt Dantai
Avec le soutien de : Fondation franco-japonaise Sasakawa
Évènements en lien avec l’exposition
- Samedi 16 mai, 15h : Vernissage et performance de Rio Kawaguchi
- Dimanche 17 mai, 15h : Performance de Rio Kawaguchi
- Samedi 30 mai, 13h à 19h : Magasin de la grande destruction du capitalisme (Nuit de la Philo 2026)
- Samedi 6 juin : Projections d’œuvres des artistes de l’exposition (Cycle de projections)
PRÉSENTATION DES ŒUVRES
Artiste
Rio KAWAGUCHI
Iel crée principalement des performances et des œuvres à partir de leurs traces et documentations. Sa pratique questionne « les corps dotés d’un utérus », les notions de travail et de nation. Iel s’intéresse plus particulièrement à la question de la production, en interrogeant le fait de naître et d’être accouché.e.
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Artiste
Marina Lisa KOMIYA
Né.e en 1992 à Atlanta, vit et travaille à Tōkyō. À travers une perspective queer, de laquelle émergent des théories du temps alternatives, iel développe une pratique artistique centrée sur l’exploration de « nouvelles formes de reproduction et de prolifération », mobilisant sans hiérarchie médiale la biotechnologie, la performance, la vidéo ou l’installation. Parmi ses projets collectifs figurent Reproductive Garden, ainsi que la plateforme artistique queer et féministe FAQ ?. Iel est également l’auteur.e des Guerres invisibles, mangas parus en français aux éditions Casterman (2025, 2026).
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Constant Chaos: Multiple Stories Of Japanese Knotweed
Constant Chaos Project
« Peu après avoir emménagé en Écosse, mon beau-père désignait une plante poussant en abondance au bord de la rivière voisine comme de la « Japanese knotweed » (renouée du Japon). Du Japon ? Ayant grandi au Japon, je n’avais pourtant jamais vu cette plante. Là-bas, où elle est appelée itadori, elle est appréciée pour ses vertus médicinales et nutritives. Au Royaume-Uni, en revanche, elle possède la réputation d’une plante vivace capable de l’asphalte, si bien qu’elle est obligatoirement éradiquée. Lorsque j’ai été confrontée à la violence des termes employés à cette occasion — « espèce invasive », « alien », « colonisation » —, j’ai peut-être éprouvé, en tant que personne migrante moi-même, une sympathie particulière pour l’itadori. Au prisme de l’histoire et l’écologie de cette plante, puis à travers une réflexion et une pratique créative, je souhaite l’appréhender, non pas sous l’angle de l’exclusion, mais via de nouvelles perspectives, afin de lui ouvrir de nouveaux horizons. Il s’agit là d’une tentative de repenser, depuis le quotidien, la relation entre l’humain et la nature. »
Artistes
Constant Chaos Project
Projet de recherche artistique et collaboratif mené entre 2020 et 2023, il réunit quatre membres résidant alors en Écosse, Sakamoto Natsumi (artiste), Florence Dwyer (artiste), Yazaki Haruka (horticultrice) et Mabon Naoko (curatrice). Constant Chaos Project porte principalement sur la plante itadori (renouée du Japon), devenue une « espèce exotique envahissante » après avoir voyagé du Japon vers le Royaume-Uni. A partir des intérêts propres de chaque membre, le projet questionne les valeurs et possibilités nouvelles de l’itadori.
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Artistes
Ryosuke NAGAMINE TANAKA
Né.e en 1990 dans la préfecture de Kagawa, iel vit et travaille à Tokyo et est diplômé.e de l’École supérieure des beaux-arts de Tokyo. Sa pratique se focalise sur l’« autre » – objectivé par l’histoire et la société – comme un « moi » qui aurait pu être et tâche de donner forme à cette potentialité. Parmi les principales expositions liées à ces recherches figurent Sur les larmes (2014, immeuble OK à l’angle du carrefour Namidabashi) et Open Studio 2025–2026 / novembre (2025, TOKAS Residency).
ARCHIVE
Projet académique visant à étudier les langages liés à la pensée et la pratique artistique, ainsi qu’à les partager dans l’espace public ; ARCHIVE compte dix-sept membres dont ses responsables Hiroya Okamoto, Hiroshi Okamura et Takuma Hiromoto. Outre l’archivage et la publication de documents, le projet mène des activités collaboratives avec des artistes. Parmi ses expositions et recherches figurent Musée de l’eau (2025, TOKAS Hongo / Musée historique de l’approvisionnement en eau de Tokyo), La nature invisible de Musashino (2026, Musashino Place) et ARCUS Open Studio (Satō Kōichi) (2025, Arcus Studio).
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Artiste
Allie TSUBOTA
Dans sa pratique fondée sur la recherche, elle agrège photographies, vidéos, textes, matériaux d’archives et autres éléments, explorant leurs modalités d’articulation, ainsi que les processus de formation du sens et de la mémoire. Elle s’intéresse à l’histoire de l’État-nation moderne, aux diasporas et processus d’assimilation dans la région Asie-Pacifique. Elle mobilise la photographie, médium qu’elle considère doté d’une temporalité singulière, pour interroger la représentation des mémoires liées aux expériences vécues de certaines populations. Titulaire d’un master en photographie de l’École de design de Rhode Island, elle occupe actuellement un poste d’Assistant Professor en photographie à l’École de design Parsons (New York).
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Artiste
superString
Unité artistique fondée en 2022 principalement basée à Kobe, superString questionne le caractère quadridimensionnel des espaces urbains, en mettant l’accent sur les expériences spirituelles dans les sociétés capitalistes. Depuis novembre 2025, elle tient également un espace intitulé « Scrap and Unbuild : Magasin de Grande Destruction du Capitalisme ».